Stigmates et splendeurs du passé cambodgien

Koh Rong > Phnom Penh > Siem Reap > Kratié

Tout d’abord, on tient à vous rassurer par rapport au dernier article, on n’a toujours pas vu de bébés punaises dans nos sacs à dos et le dos de Jérôme a retrouvé un aspect presque normal.

Après la jungle de Koh Rong, on s’est dirigé vers la capitale, Phnom Penh. Comme on craignait un peu la chaleur et après les nuits difficiles à cause des insectes, on a pris notre premier hôtel avec clim’. Ce n’est pas très « routard », mais le mois d’avril au Cambodge est appelé le « killer month » avec des températures qui dépassent souvent les 40°c !

Phnom Penh est une ville aux larges avenues embouteillée et ruelles bien sympathiques, où la modernité côtoie les modes de vie traditionnels : les centres commerciaux climatisés sont proches des marchés couverts et les Lexus rutilantes roulent à côté des tuk-tuks. Sur ce qu’on a appelé « la prom’ », on aurait presque pu se croire à Nice, avec les palmiers, la large promenade piétonne et la vue sur le Mékong ! Par contre, quand on s’éloigne de la ville à l’heure de la sortie des ateliers textiles chinois, on voit des centaines de femmes s’entasser dans des camions-bus par 40°c pour rentrer chez elles.

On a visité le Royal Palace qui a l’avantage d’offrir aux visiteurs un jardin ombragé et de jolis bâtiments de style Khmer, tels que la salle du trône. Dommage que l’accès à la plupart des salles soit interdit au public et que le site ferme de 11 heure à 14 heures !

Pour supporter la chaleur, on a multiplié les pauses et on a découvert avec plaisir les « shakes » cambodgiens, mélange de jus de fruits frais, de lait concentré et de glace pilée, une super invention quand il fait si chaud ! On a aussi apprécié de trouver des baguettes à chaque coin de rue, les premières en 2 mois ! Le Cambodge faisait anciennement partie de l’Indochine et certaines spécialités françaises ont été adoptées dans la cuisine locale, comme la « baguette-pâté » ou des brioches cuites directement sur le feu dans la rue.

Le lendemain, on est rentré dans le vif de la terrible histoire du Cambodge, à l’époque des Khmers Rouges (1975-78). On est allé visiter la prison S-21, transformée en mémorial du génocide. Sous le régime des Khmers Rouges, Phnom Penh avait été vidée de ses 2 millions d’habitants, expulsés vers les campagnes. Les Khmers Rouges avaient transformé ce collège en prison pour torturer les opposants au régime, soit tous les intellectuels (il suffisait de porter des lunettes ou de parler une langue étrangère), religieux et militaires. Ceux qui avaient le droit de survivre, travaillaient dans les champs comme des bêtes de somme pour nourrir le pays. Triste visite de cette prison où sont exposées les photos de nombreuses victimes qui y ont séjourné. En un peu plus de 3 ans, les Khmers Rouges ont tués 1,7 million de Cambodgiens, soit environ 20% de la population.

A la fin de cette visite, beaucoup de questions sans réponses… Pourquoi des hommes instruits ont-ils décrété que tous les intellectuels devaient être exécutés et que l’école devait être interdite ? Pourquoi la communauté internationale a-t’elle laissé se perpétrer un tel génocide ? Pourquoi les bourreaux n’ont-ils toujours pas été punis (à part quelques uns) ? Comment un enfant de survivant peut-il poser sur une photo à côté d’un bourreau Khmer Rouge, tout sourire ?

Après avoir plongé dans l’horreur du passé cambodgien, on a découvert une facette plus glorieuse de son histoire, les splendides temples d’Angkor.

L’accès aux temples est assez cher (20$ une journée ou 40$ trois jours), mais en bons « backpackers » à petit budget, on connaissait le bon plan. A partir de 17 heures, on peut acheter le billet pour le lendemain et rentrer dans le site. Malgré une panne de vélo de Jérôme, roue bloquée et passage au stand obligatoire, on a pédalé comme des fous et à 17h01 on était en possession du sésame. Après une ligne droite de 8km, on a vu apparaître le temple d’Angkor Vat, beau, massif et élégant. 

 Le lendemain, on s’est lancé à l’assaut des temples à vélo, dès 5h30 du matin pour ne pas en perdre une miette et pour profiter de l’air frais.

Parmi la dizaine de temples qu’on a visités dans la journée, nos préférés sont, avec Angkor Vat, celui du Bayon et ses 216 visages qui nous observent en souriant mystérieusement ainsi que le Ta Phrom au milieu duquel, la jungle reprend ses droits.

 Les temples d’Angkor sont magnifiques et très impressionnants, on les met dans le top 3 de nos monuments préférés du voyage, avec le Taj Mahal (Inde) et Bagan (Birmanie).

Après un long et pénible voyage (clim’ défaillante pendant 6h), pour rallier Kratié, on a retrouvé les rives du Mékong. Ce fleuve est un des plus larges qu’on n’ait jamais vus, il abrite encore quelques rares dauphins du Mékong (Irrawaddy) et des « monstres » marins tels que des poissons-chats pouvant peser jusqu’à 300 kg.

A 15km de Kratié, on a trouvé le meilleur spot pour passer les heures chaudes : les rapides de Kampi. Les locaux viennent ici pour déjeuner au frais, ils ont installé des paillotes sur pilotis directement sur les rapides, à partir desquelles on peut se baigner, déjeuner ou buller dans des hamacs. On a eu du mal à quitter cet endroit pour remonter sur nos vélos.

Encore une fois, on s’est fait inviter à déjeuner par des locaux. On a gouté les escargots du Mékong, bien plus difficiles à manger (et pas aussi bons) que nos bulots.

Seule (grosse) ombre au tableau, la pratique courante des adultes et enfant de jeter leurs canettes et bouteilles en plastiques par-dessus bord qui nous a fait mal au cœur. Avec le courant, tout disparaît et l’endroit reste propre mais ce sont les dauphins en aval qui se récupèrent tous les déchets alors qu’ils sont déjà en train de disparaître…

Depuis Kratie, on a passé la frontière vers le Laos, mais cette fois, on était préparé (voir la réflexion du jour). On a commencé par décliner la proposition du « gentil » cambodgien du bus de faire la procédure du visa à notre place pour 40$, alors il est devenu beaucoup moins gentil. Il nous a dit que dans ce cas, le bus n’allait pas nous attendre car ce serait plus long. Tant pis, on a pris le risque, avec 3 autres personnes du bus. Côté cambodgien, les agents nous ont demandé 2$ pour le tampon de sortie. On a refusé, ils nous l’ont fait… mais à côté de notre passeport et on n’y a vu que du feu ! Côté Laos, ils nous ont demandé de retourner au Cambodge pour le tampon. Jérôme y est donc retourné et cette fois les a menacé « d’appeler son frère qui travaille à l’ambassade » pour obtenir gain de cause et ça a marché !

Pendant ce temps, Elise était montée dans le bus pour l’empêcher de démarrer sans le reste du groupe. Après avoir fait baisser la créative « week-end taxe » de 2$ à 1$, on a finalement eu nos visas pour 31$, soit une économie de 9$ par personne qui peut sembler dérisoire, mais pas au Cambodge et surtout on ne participe pas à cette corruption organisée !

Au Laos, on va continuer de remonter le long du Mékong, ce qui devrait nous permettre de supporter la chaleur et on espère qu’il fera un peu plus frais en allant vers le Nord (on peut rêver) !
Plus de photos dans la rubrique Photos

Notre voyage au Cambodge en vidéo, c’est ici !

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Le conseil de la semaine : Comment passer une frontière corrompue sans payer de frais supplémentaires ?

Voici nos conseils pour éviter de payer des frais supplémentaires, à appliquer dans l’ordre ci-dessous, tout en résistant aux menaces de délais d’obtention plus long :

  1. Se renseigner sur le prix officiel du visa pour votre nationalité et si possible imprimer un document officiel
  2. Refuser toute proposition de faire la démarche à votre place (commission de 5 à 10$ minimum)
  3. Refuser toute taxe supplémentaire (taxe de tampon, taxe de week-end, taxe de quarantaine…)
  4. Demander un papier officiel mentionnant le prix du visa ainsi que des taxes
  5. Simuler un appel à son frère travaillant à l’ambassade de France du pays
  6. Si vraiment ils ne veulent pas vous délivrer votre visa, essayer de négocier !

Et surtout bon courage !

Dans le prochain épisode : les premiers jours au Laos au bord du Mekong.

A bientôt !

Elise & Jérôme

4 réflexions sur “Stigmates et splendeurs du passé cambodgien

  1. Ping: Des débuts au Cambodge un peu difficiles ! | JETM2013

  2. Et oui l’être humain est complexe et incompréhensibles ces juxtapositions de splendeurs et de massacres. Nos pays ne sont pas les derniers dans ces alternances. Alors c’est une grande sagesse que ces voyages horizontaux, à la découverte des autres avec tous ces « bains de ressourcement », du Gange au Mekong, que vous partagez avec nous. Merci et Big Bizzzzzzzz

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